François SAINT-BONNET, L’État d’exception

  • Éditeur : Presses Universitaires de France
  • Collection : Léviathan
  • Date de parution : février 2001
  • Relié : 400 pages
  • ISBN : 2130501362
fontsizeup fontsizedown

L’ouvrage

Les débats relatifs à l’article 16 de la Constitution de 1958 sont aussi passionnés que récurrents. L’ombre de l’abus de pouvoir s’est toujours profilée derrière le droit public de crise ; une étude historique et théorique permet de la dissiper.

Dans la république romaine, la dictature ne suspendait pas la Constitution ; loin d’être un dispositif exceptionnel, elle était seulement liée aux besoins extra-ordinaires de défense de la cité.

Dans la Chrétienté médiévale, l’état d’exception apparaît à l’occasion de conflits entre les organes spirituel et temporel ; en cas de nécessité, la concentration des fonctions est justifiée par l’idée de sauvegarde de la Chrétienté.

A la fin du Moyen Age, en cas de péril pour le royaume, se manifeste l’impératif de sauvegarder ce qui deviendra l’Etat moderne ; ces situations permettent un élargissement temporaire des prérogatives royales (fiscalité, pouvoir normatif, atteinte à la propriété).

A l’époque moderne, la préservation de l’Etat étant le fondement de l’ordre politique et juridique, le caractère absolu de la souveraineté exclut toute dérogation ou violation du droit ; en pratique, cependant, le roi continue d’invoquer la nécessité ; celle-ci est soutenue par les doctrines politiques de la raison d’Etat, ce qui lui confère, chez certains auteurs, un caractère systématique.

A partir de 1789, l’état d’exception apparaît dans trois domaines (droit constitutionnel, droit administratif, " législations d’exception ") où la perturbation de l’ordre juridique aboutit à une aporie.

Pour la surmonter, deux types de justification sont avancés par les acteurs et les auteurs : soit la nécessité dispose d’une juridicité supérieure, soit elle est purement politique. Par-delà des ordonnancements juridiques très différents selon les époques, le discours bute sur l’antinomie des adages : " nécessité fait loi " et " nécessité n’a point de loi ".

Pour dépasser la contradiction, l’évidence renforce la nécessité pour la faire échapper tant à l’interprétation (juridique) qu’au choix (politique). Fondement de l’état d’exception, l’évidente nécessité relève du sentiment esthétique. D’où son autonomie.